Courant à perdre haleine, Bénarés continua de suivre les voix qui pourraient l’amener enfin à ses hommes. Il avait l’étrange sentiment qu’il devait aller les retrouver. Comme si tous étaient arrivés suite à son commandement, alors qu’il n’en avait même pas le pouvoir.
Il avait croisé des gens, mais aucun n’eut le temps de vraiment comprendre, les lumières commençant à être éteintes, rendant son visage et son origine moins évidents. L’heure était avancée, et quelques bonhommes se baladaient pour éteindre les lampadaires.
Il arriva finalement sur la place, où il se prit les pieds dans une dalle, et alla s’écraser lourdement sur le sol. Son torse et sa jambe lui firent de nouveau mal. Il se tordit de douleur, avant de se redresser avec difficulté et de s’appuyer contre la fontaine. La course l’avait assoiffé, aussi il ne se montra pas un instant prudent, et bu l’eau de celle-ci avec avidité. Il fallait qu’il étanche cette soif absolument avant de reprendre son chemin.
Quand les voix qui s’étaient un instant tues reprirent de plus belle, il se leva.
Et là, il comprit enfin ce que cela signifiait. Le vent lui lécha le visage, le mordant de son froid, lui indiquant qu’aucun autre Sesbasien ne se promenait, libre, mais bien que les voix étaient portées par ce dernier. Sans doute que les geôles du château étaient traversées par les vents, ou quelque chose dans le genre, ce qui expliquait le phénomène.
Devant ce constat affligeant, il se laissa tomber à genoux, et se senti une terrible envie de pleurer. Il n’arrivait pas à croire qu’il s’était laissé avoir par quelque chose d’aussi simple. Il resta donc à terre, sentant sa tête se vider, s’apercevant alors que sa blessure à l’épaule venait de s’ouvrir. Il colla son dos contre la fontaine et ferma les yeux.